Coronavirus : 1ère semaine de confinement à Rome

by Alice
Le Colisée de Rome

La situation à Rome

Ici, nous sommes tous confinés à notre domicile. Bien sûr ceux qui peuvent – ou doivent – encore aller travailler se rendent sur leur lieu de travail, mais le reste de la population n’est autorisé qu’à sortir pour des raisons bien précises : faire les courses, aller à la pharmacie / poste / banque / tabac, sortir le chien. Dans certains endroits la police contrôle les gens dans la rue, distribuant des amendes aux contrevenants, et/ou les escortant chez eux.
Je ne suis pas intégrée en Italie, je n’ai donc pas une vision très large du comportement des Italiens et ne peux m’en tenir que ce que j’observe de mes propres yeux, à l’échelle de mon quartier de Rome.

L’annonce de l’élargissement du confinement à toute l’Italie

Le soir de l’annonce du confinement de l’ensemble du pays, je pense que nous avons tous été saisis par un sentiment d’angoisse et d’injustice. Une décision si brusque et totale ne pouvait qu’avoir pour raison des données catastrophiques : allons-nous mourir ? Nos proches vont-ils mourir ? Allons-nous pouvoir nous nourrir ? Les gens vont-ils devenir fous ? Et bien sûr, la décision de fermer les commerces (hors denrées alimentaires), les restaurants, bars etc. – en plus de supprimer nos lieux de socialisation – a plongé toute une partie de la population dans une misère certaine. Une partie de la population souvent déjà bien précaire. En effet, les contrats de travail en Italie – notamment dans la restauration – ne sont rien de plus qu’une grosse blague : les employés sont déclarés afin de ne pas avoir de problème, mais ils ne sont payés que pour les heures qu’ils effectuent, et seul un nombre dérisoire de ces heures est déclaré : Untel ne travaille officiellement que 2 ou 3h par semaine pour une misère, alors qu’il en effectue 35…pour une misère (autour de 6€/h net).

Sans surprise, ce soir-là un vent de panique s’est emparé de notre quartier (et, si j’en crois ce que j’ai pu lire, de Rome, voire du pays). Simone profite habituellement de l’ouverture 24h/24 du Carrefour en face de la maison pour aller faire quelques courses une fois le bébé couché, vers 22h. Sans y penser, il sort donc et traverse la rue pour aller acheter un paquet de couche, du coca, et de quoi grignoter.
Le Carrefour, habituellement vide à cette-heure-ci, est pris d’assaut. Une file longue de plus de 200m s’érige à l’extérieur. Il baissera les bras et rentrera à la maison les mains vides.

Va-t-on pouvoir se nourrir ? Trouver des couches pour notre bébé ?
Le sommeil fut difficile à trouver en cette nuit pré-confinement.

La vie quotidienne pendant le confinement

Le lendemain, c’est moi qui m’y rends alors qu’un couple visite notre appartement à vendre. En arrivant je comprends la situation : il y a une petite queue devant le supermarché. La raison est simple : le magasin doit scrupuleusement faire respecter la distance obligatoire d’un mètre minimum entre les clients, et n’accepte donc qu’un nombre limité de personnes à la fois.
A l’intérieur, on sent une certaine précipitation, mais pas de folie. Les rayons ne sont pas vidés, si ce n’est celui des spaghetti Barilla, clairement les préférées du quartier (les nôtres aussi, dommage !). Il y a des gens qui ne sont là que pour acheter quelques articles, j’ai prévu un grand sac pour ce dont nous avons besoin. J’entends certains montants de courses, dans les plus de 100€ : certains font le plein. Des clients portent des gants et des masques, d’autres, comme moi, rien de spécial. En rentrant je me suis lavé les mains et j’ai désinfecté les poignées de portes.

Par la suite, il suffit seulement d’éviter les heures de pointe au supermarché, c’est-à-dire l’heure à laquelle les travailleurs encore actifs vont faire leurs courses. Sinon, tout est normal. Bien sûr la distance obligatoire est respectée et les gens portent des gants. Les rayons ne sont pas vides.

Mais la folie « papier toilette » gagnerait-elle les Italiens qui jusque là se concentraient sur les spaghettis ?
Affaire à suivre.

Mon ressenti

Restée confinée à la maison n’altère que peu mon quotidien. D’ordinaire, j’ai rarement le temps ou l’occasion de sortir de la maison. Parfois il m’arrive de passer 3h au café pour travailler, mais c’est un évènement rare. Encore plus rare, l’exceptionnelle virée shopping ou sortie touristique.

Pourtant aujourd’hui, après 6 jours seulement d’assignation à résidence (un confinement dont je suis une fervente supporter), j’ai consulté les chiffres officiels concernant l’avancée du Covid-19 en Italie, et je suis prise d’un sentiment d’angoisse qui me paralyse. Je ne veux pas sortir pour aller faire les courses au milieu de ces gens qui ont peur, qui portent gants et masques. Je voudrais seulement respirer, avoir la possibilité de remonter ce boulevard sous le soleil chaud de Rome. Pouvoir aller manger un carrot cake vegan au café. Croiser les voisins et discuter avec eux quelques minutes. Au moins me dire que c’est bientôt terminé.

Seulement ce n’est pas bientôt terminé, les chiffres continuent de grimper, et la ville est déserte.
Je suis sortie quelques minutes en ce dimanche soir, juste devant l’entrée de l’immeuble, pour éviter la crise d’angoisse. Ce boulevard d’habitude péniblement engorgé est vide. Les voitures qui passent se comptent sur les doigts de la main. Les places de parking sont légion, et si vous connaissez Rome vous savez ce que cela a d’extraordinaire. Un seul homme passera sur le trottoir en 5 minutes. Je ne vois personne d’autre à l’horizon. La bonne nouvelle ? L’air est beaucoup moins pollué.

Heureusement que nous sommes ensemble – même si nous sommes au chômage technique sans indemnisation – une famille. Cesare nous occupe en enchaînant les prouesses. En quelques jours il a fait des progrès incroyables. Je me rends à l’évidence : je dois revoir mes priorités et mes buts. Je fais le choix de le faire, dans une situation qui nous est tous tombée dessus sans nous donner le choix.

Encore 18 jours.
Au moins.

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2 comments

Laurane 14 avril 2020 - 16 h 21 min

Bon courage à vous pour cette période difficile.
Comme tout le monde, j’ai hâte que cela se termine même si j’ai peur du ” après “.
Restons soudés, A LA MAISON.
Des bisous de courage pour toute l’Italie, et le monde en général !
xx

Reply
Alice 15 avril 2020 - 12 h 32 min

Coucou Laurane, merci et des bisous à toi !

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