Auvergne & Alzheimer : The Land of Intemporality – 2/2

Auvergne & Alzheimer : The Land of Intemporality – La terre de l’intemporalité – 2/2

Post by : Alice
Article écrit par : Alice

A trip in Auvergne, down to memory lane – Un voyage en Auvergne, au pays des souvenirs

At the end of my trip, it’s safe to say that I haven’t seen much of Auvergne, except for the bus rides and a 45min walk with Granny.
But you know what they say, sometimes you don’t have to be actually moving to be travelling. There are all sorts of voyage you can take, and this one was for me a trip down memory lane, a trip of dedication and love, a trip inwards.
A la fin de mon séjour, je peux maintenant dire que je n’ai pas vu grand-chose de l’Auvergne, hormis pendant les trajets en car et 45min de balade avec ma grand-mère.
Mais on dit que parfois, il n’est pas nécessaire de se déplacer pour voyager. Il y a toutes sortes de voyages à entreprendre. Celui-ci fut pour moi un séjour dans les souvenirs, un voyage de dévotion et d’amour, un voyage à l’intérieur de moi-même.
Auvergne from the bus
The Auvergne mountains

The devotion I didn’t knew I had – Une dévotion qui m’était inconnue

Maybe even this trip has been one of the most revealing for me so far, genuinely surprising me with a selflessness I was not aware I was capable of. I think Alzheimer, when you accept that your loved-one has it and you understand what it is and means, does something to you (before it destroys you, quite easily and quite quickly). Something that goes deep in the recesses of your «soul». Call me a hippie. I have felt no personal gratification at being at Granny’s side. I was feeling a pure happiness to be with her that was tainted by nothing, not even her reluctance to go on with life — but perhaps by her tears of frustration. My mood could not have been affected by any remark, and how many times she would wake me up at night. Except a few smiles of glee, a couple cuddles and some more time together, there was no particular reward, none other than some brief moments of silent love. Her remembrance of me was always temporary, never acquired. So is her love, now. There is nothing to expect from it. She will forget about me again and again, what I meant to her, what she means to me, and that she ever loved me. She will remember, too. For a time. She has asked me her own name. She has asked the same things hundreds of time during the day.
Peut-être même que ce voyage a été le plus révélateur pour moi jusque là, me surprenant avec un désintéressement dont je me savais pas capable. Je pense qu’Alzheimer, une fois que vous avez accepté que votre être cher en est atteint et ce que ça veut dire, change quelque chose en vous (avant de vous détruire, rapidement et efficacement). Quelque chose qui vous touche au fin fond de votre « âme ». Un peu hippie, je sais… Je n’ai pas ressenti de gratification personnelle à être auprès de ma grand-mère. Seulement un bonheur pur d’être avec elle, qui n’était entaché par rien, pas même son manque d’envie de continuer à vivre – mais peut-être par ses larmes de frustration. Mon humeur n’aurait pu être affectée par aucune remarque, quel que soit le nombre de fois qu’elle me réveillait en pleine nuit. Hormis quelques sourires de jubilation, deux ou trois câlins et un peu de temps ensemble, il n’y eut aucune récompense, rien d’autre que quelques instants d’un amour silencieux. Son souvenir de moi était toujours temporaire, jamais acquis. Comme l’est son amour, maintenant. Il n’y a rien à en attendre. Elle m’oubliera encore et encore, ce que je représentais pour elle, ce qu’elle représente pour moi, et qu’elle m’a jamais aimée. Elle se souviendra, aussi. Pour un temps. Elle m’a demandé comment elle s’appelait. Elle m’a demandé les mêmes choses des centaines de fois dans la journée.
Alzheimer makes Granny forget
The love of my life trying to remember – L’amour de ma vie qui essaie de se souvenir

Impatience doesn’t exist anymore – l’impatience m’était étrangère

I am not a patient person. People irritate me. There is few other things that annoy me as much as repeating myself.
Never have I been so different than during these three days. With her. Never has it felt so natural, obvious and painless to explain and repeat the same things over and over and over again. Not once I have been annoyed or felt frustrated. I’m probably repeating her close genealogy in my sleep, by now.
Because of her disease, there was no sense of temporality for me, either. Only hunger, the sun and tiredness reminded me of the life outside of care. Everything else, including every aspect of my personal life, would be put on hold at any given moment of need. Of course, such dedication was probably only made possible  because of the shortness of my stay and the fact that I was not alone in my caring for her, and only caring for her (which excludes chores and administrative duties).
Je ne suis pas une personne patiente. Les gens m’irritent. Il y a peu de choses qui m’agacent autant que de devoir me répéter.
Jamais n’ai-je été aussi différente que pendant ces trois jours. Avec elle. Jamais il n’a été si naturel, si évident et facile d’expliquer et de répéter les mêmes choses encore et encore. Pas une fois n’ai-je été irritée ou frustrée. Je répète probablement sa généalogie dans mon sommeil, à l’heure qu’il est.
A cause de sa maladie, il n’y avait pas de temporalité pour moi non plus. Seuls la fin, le soleil et la fatigues me rappelaient à la vie réelle. Tout le reste, chaque aspect de ma vie personnelle inclu, pouvait être mis sur pause à l’occasion de n’importe quelle nécessité. Bien sûr, il faut préciser qu’une telle dévotion n’a probablement été possible que par la nature courte de mon séjour auprès de ma grand-mère, parce que je n’étais pas seule à m’en occuper, et que je n’avais à m’occuper que d’elle (et non pas aussi de toutes les tâches ménagères et administratives).
Alzheimer means fact checking

A new kind of love – Un amour nouveau

I’ve wrote in the first part of the recollection of this trip about the kind of unconditional love I feel for Granny, a love I’ve spent my life chasing after and don’t even understand. Perhaps this unknown part of me is just a piece of this uncomprehensible, uncomplicated, relationship we share. Because I’m not expecting anything to come of it and she’s not going to give anything different than she truly is. Perhaps it’s her. Fingers crossed it’s a bit me, too…
Dans la première partie de ce récit de « voyage » un peu particulier, j’ai écrit sur l’amour inconditionnel que je ressens pour ma grand-mère, un amour que j’ai cherché toute ma vie et que je ne comprends même pas. Peut-être que cette part inconnue de moi-même n’est qu’une partie de cette relation incompréhensible et simple que nous partageons. Peut-être que c’est parce que je n’en attends rien et qu’elle ne me donnera rien qui ne soit pas elle. Peut-être est-ce elle. Je croise les doigts pour que ce soit un peu moi, aussi… 
She still likes to laugh
There’s something about the love from someone who’s going to forget you… Maybe it’s the need, maybe it’s the innocence….
Il y a quelque chose de particulier chez l’amour de quelqu’un qui va vous oublier… Peut-être est-ce le besoin, peut-être est-ce l’innocence…
Now that I am gone from her side, back to real life, it seems like it was all a dream. There are no words to explain how these mere three days were of another dimension to me.
It’s like they never happened. They showed me something about life, and about myself I never even thought I had.
Maintenant que je ne suis plus auprès d’elle, de retour à la vie réelle, ce voyage me semble un rêve. Il n’y a pas de mot pour expliquer comment ces trois petits jours relevèrent d’une autre dimension pour moi. 
C’est comme s’ils n’avaient jamais existé. Ils m’ont appris quelque chose de la vie, quelque chose de moi que je ne pensais même pas posséder. 
Maybe it’s not caring, not loving, not generosity. If you know what is it, then tell me. All I know is I’ve rarely needed so little than during these three days.
It doesn’t make me feel better about myself to have gone to her. It has just maybe tamed a thirst I had. Or maybe it made it worst. I’ve gained nothing but a few more moments of her, lost nothing but the closeness, all in all my life has not changed the slightest bit. Except maybe that I know feel I have a very old newborn who is far away, and I’m worrying about her all the time. Is she eating? Sleeping? Is she bored? Does she cry?
Peut-être que ce n’est pas de l’attention, de l’amour, de la générosité. Si vous savez ce que c’est, alors dites-le moi. Tout ce que je sais, c’est que j’ai rarement eu besoin de si peu que pendant ces trois jours.
Je ne me sens pas particulièrement comme une meilleure personne d’être allée la voir. Peut-être que ça a juste calmé une soif. Ou peut-être que ça l’a aggravée. Je n’ai rien gagné hormis quelques moments avec elle, rien perdu hormis sa proximité, rien dans ma vie n’a changé. A part, peut-être, que j’ai maintenant l’impression d’avoir un très vieux nouveau-né loin de moi et je m’en inquiète constamment. Est-ce qu’elle mange ? dort ? est-ce qu’elle s’ennuie ? Est-ce qu’elle pleure ? 

My auvergne : the land of found and lost memories – Mon Auvergne : la terre des souvenirs oubliés

I’ve seen nothing of this part of the country, but I did travel in the land of no temporality, in the land of found and lost memories, and inside of me.
Je n’ai rien vu de cette région, mais j’ai voyagé dans la contrée de l’intemporalité, dans la terre de la persistence de la mémoire oubliée, et à l’intérieur de moi-même.
Village in Auvergne
Quite the ride…
Sacré voyage…
And then the sadness… it hit me. 
Because I lied, it hurts.
Et puis la tristesse… en plein coeur.
Parce que j’ai menti, ça fait mal.

2 Commentaires

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    Cochet jl

    À chaque fois que je te lis je pleure, mais aussi me soulage car je ne peux montrer à ma mère toute la douleur que je ressens ,je me contiens et pleure en cachette comme pour un chagrin d’amour .

    • 2
      Alice Cardy

      Ton commentaire est un des plus beaux à recevoir… merci. J’imagine ta, vôtre, douleur, différente de la mienne et qui pourtant communiquent… On a affaire à une femme extraordinaire, je suis heureuse qu’elle nous touche tant. Et elle sait à quelle point elle compte pour nous.
      Et crois-moi, dans le train j’ai pleuré et pleuré et pleuré… Je pense bien à toi, à vous… Je t’embrasse…

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